Le Concerto pour piano de Jolivet : deux rééditions discographiques

Parution de deux enregistrements discographiques du Concerto pour piano et orchestre d’André Jolivet :
– chez Sony : celui de l’œuvre par Philippe ENTREMONT, sous la direction du compositeur à la tête de l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire, paru en 1968 chez CBS. Cet enregistrement, comme lors de la première parution, comprend aussi le Concerto pour piano de Darius MILHAUD.
Piano-Concertos

– chez Acousence : reprise de l’enregistrement par Pascal GALLET, sous la direction de Jonathan DARKINGTON à la tête du Duisburger Philharmoniker. L’œuvre de Jolivet est accompagnée par la version orchestrale de Marius Constant de Gaspard de la nuit de Maurice RAVEL et de celle de l’Isle joyeuse de Claude DEBUSSY par Bernard MOLINARI (LIVING CONCERT SERIES Vol. 8)

CDAcousence

Sérénade pour hautbois principal de Jolivet : chronique de Jacques Bonnaure

Jacques BONNAURE nous offre cette nouvelle chronique qu’il consacre à la publication du CD enregistré par le quintette AQUILON :

HOMMAGE AU QUINTETTE À VENT FRANÇAIS

L’Association Jean-Pierre Rampal, à l’origine de cette publication, rend ainsi hommage à l’ensemble fondé avec quelques amis par le célèbre flûtiste dès la fin de la guerre. Après une période de rodage, l’effectif se stabilisa pendant vingt ans avec Pierre Pierlot (hautbois), Jacques Lancelot (clarinette), Paul Hongne (basson), Gilbert Coursier (cor)…et toujours Rampal à la flûte. Ce Quintette fut très actif pour la défense de la musique que l’on n’appelait pas encore baroque, sous les jeunes labels L’Oiseau-Lyre puis Erato, mais aussi pour l’illustration de la musique contemporaine pour vents. Trois des quatre œuvres du programme lui furent dédiées, entre 1945 et 1955 : le Quintette en ut de Claude Arrieu, les Dix-sept Variations de Jean-Michel Damase et la Sonatine de Marcel Bitsch appartiennent à cette lignée claire et aimable et pleine d’humour, qui parcourt l’histoire de la musique française. La Sérénade avec hautbois principal de Jolivet (1945) est plus singulière. Par sa distribution instrumentale d’abord : le hautbois y joue un rôle prépondérant mais s’insère également dans un ensemble dont le compositeur explore les couleurs de timbres. L’écriture de l’œuvre, sa forme même en quatre mouvements (Cantilène, Caprice, Intermède, Marche Burlesque) offrent une synthèse particulièrement réussie des deux tendances contraires qui animaient, vers le milieu des années 40, l’esthétique de Jolivet, un attrait par un certain classicisme et un souci constant de créer des climats sonores plus rares, des agrégats sonores complexes, tout en redonnant à la monodie son sens primitif.

Le Quintette Aquilon, digne successeur du Quintette à vent français, se compose de cinq jeunes femmes issues du CNSMD de Paris. On retrouve chez lui les qualités traditionnelles des vents français, la rondeur du son, la précision dans les attaques et la qualité du flux mélodique et surtout la tension permanente du discours, toujours vivant.

Quintette à vent Aquilon (Marion Ralincourt, flûte, Claire Sirjacobs, hautbois, Stéphanie Corre, clarinette, Marianne Tilquin, cor, Gaëlle Habert, basson)

Production Association Jean-Pierre Rampal. (1 CD Premiers Horizons REF.070.168)

Sérénade pour quintette à vent de JOLIVET par le quintette AQUILON

Le quintette AQUILON rend hommage au Quintette à Vent Français *
Marion RALINCOURT (flûte), Claire SIRJACOBS (hautbois), Stéphanie CORRE (clarinette), Marianne TILQUIN (cor) et Gaëlle HABERT (basson) ont enregistré chez « Premiers HORIZONS Disques », quatre œuvres de Claude ARRIEU, André JOLIVET, Marcel BITSCH et Jean-Michel DAMASE.
sérénade

Référence du CD : REF.070.168 – DDD

Œuvres enregistrées : Quintette en Ut de Claude ARRIEU, Sérénade avec hautbois principal d’André JOLIVET, Sonatine de Marcel BITSCH et Dix-sept variations Op. 22 de Jean-Michel DAMASE.
* Pour mémoire, le Quintette à Vent Français était formé de : Jean-Pierre RAMPAL, Pierre PIERLOT, Jacques LANCELOT, Gilbert COURSIER et Paul HONGNE.

Musiques pour flûte par Claude Régimbald, chronique de Jacques Bonnaure

Jacques BONNAURE nous offre cette nouvelle chronique qu’il consacre aux enregistrements par Claude REGIMBALD d’œuvres pour flûte (présentés sur ce site) :

« Il est utile de mettre les œuvres pour flûte de Jolivet en perspective à l’intérieur du riche panorama de la flûte moderne française. C’est ce qu’a fait très intelligemment le flûtiste québécois Claude Régimbald en deux CD.

Le programme du plus ancien, (enregistré en 1998) mêle de grands classiques de l’instrument – Syrinx et la Sonate pour flûte, alto et harpe de Debussy, les Joueurs de flûte de Roussel, la Sonate pour flûte et piano de Poulenc, et des pages plus rares comme les Trois pièces de Ferroud, le Prélude pour la flûte de jade de Chaynes et la Sonate pour flûte et piano de Jolivet. Dans cette œuvre de 1959, Jolivet opère une extraordinaire synthèse entre une tradition de classicisme et de clarté, et une écriture sérielle tempérée, comme toujours chez lui, par le sens des polarités sonores qui structurent l’audition.

Le second CD (enregistré en 2013) explore quelques aspects de la musique pour flûte telle qu’on la pratiquait au Conservatoire de Paris à travers plusieurs morceaux de concours commandés à des compositeurs en vue : Agrestide (1942) de Bozza, Sonatines de Dutilleux (1943) et Sancan (1946), Divertissement de Gallois-Montbrun (1956), toutes marquées par un certain académisme « maison ». Les Variations sur un Tanka de Chaynes (1962), Le Merle noir (1952) de Messiaen et Le Chant de Linos de Jolivet (1944), donné ici dans sa version pour flûte et piano, sont plus audacieux. On remarquera d’ailleurs que Messiaen, apparemment peu coutumier de l’écriture pour flûte, s’est manifestement souvenu des Incantations composées par Jolivet en 1936. Dans Le Chant de Linos, Jolivet poursuit les préoccupations spirituelles des Incantations, mais en se confrontant à la grande forme. Il en résulte une œuvre variée, finement construite et d’une grande puissance expressive.

Ces deux programmes passionnants sont interprétés avec une grande précision technique, une belle sonorité et une intelligente sensibilité. »

Syrinx. Claude Régimbald, flûte, Olga Kerevel, piano, Nathalie Chatelain, harpe, Gwendoline Quartenaud, alto (Gallo CD-1428)

La Flûte au Conservatoire de Paris. Claude Régimbald, flûte, Claude Webster, piano (Atma Classique ACD 2 2164)