Œuvres pour flûte de Jolivet : chronique de Jacques Bonnaure

Chez Naxos, Laureate Series : enregistrement par Hélène Boulègue et François Dumont au piano
La musique pour flûte représente probablement la partie la plus enregistrée de l’œuvre de Jolivet. Tout au long de sa carrière, le compositeur a illustré cet instrument primordial, dans lequel il voyait le symbole du souffle initial de l’homme. Jolivet a souvent souligné le caractère spirituel de sa musique. Il faut prendre le mot à la lettre. Spiritus, c’est d’abord le souffle et ce n’est pas pour rien que ses premières œuvres dédiées à l’instrument furent, en 1936, des Incantations, pièces d’inspiration magiques renvoyant à des civilisations archaïques, les Cinq Incantations d’abord, puis l’année suivante L’Incantation « pour que l’image devienne symbole ». Et trente ans plus tard, avec les Cinq ascèses, portant en exergue des citations de Teilhard de Chardin, Max-Pol Fouchet et d‘un papyrus égyptien, il renouvelle ces évocations d’une communion de la matière et de l’esprit. Entre temps, le Chant de Linos, ici donné dans sa version pour flûte et piano, exploitait la même veine, alors que la Sonate pour flûte et piano de 1958, dédiée à Jean-Pierre Rampal, représente un extraordinaire point d’équilibre entre classicisme et invention, complexité et lisibilité. A ces œuvres capitales s’ajoutent ici deux pièces brèves de 1953, Fantaisie-Caprice et Cabrioles, qui synthétisent en peu de temps l’esthétique du compositeur.

Hélène Boulègue a remporté en 2017 le 1er Prix du Concours International de Flûte de Kobé. Au CNSMD de Paris, elle avait travaillé avec Florence Souchard-Delépine et Pierre-Yves Artaud, grand connaisseur de l’œuvre de Jolivet. Elle est aujourd’hui soliste de l’Orchestre de Südwestdeutsche Rundfunk après avoir occupé un poste de second soliste à la Philharmonie du Luxembourg. Elle interprète ces œuvres en virtuose déjà très accomplie, joignant une palette de dégradés de nuances et une musicalité toujours sensible. François Dumont mène de son côté une carrière internationale très active. Dans la Sonate, le duo s’élève au niveau des meilleurs par la précision et la clarté du discours. On attend impatiemment le vol.2

Naxos 8.573885 (distr. Outhere)

André Jolivet Complete works for flute Vol. 1

L’intégrale des œuvres pour flûte d’André Jolivet, interprétée par la flûtiste Hélène BOULEGUE* – lauréate du Concours International de Flûte de Kobe en 2017 -, accompagnée au piano par François DUMONT**, est en cours de publication chez NAXOS – réf : (C) 2019 NAXOS.
Le Volume n.1 est à paraître le 8 février 2019. Il comprend les œuvres suivantes :
Ascèses (1967)
Fantaisie Caprice (1953)
Cabrioles (1953)
Incantation : « Pour que l’image devienne symbole » (1937)
Sonate pour flûte et piano (1958)

570034bk Hasse

*https://www.heleneboulegue.com/accueil
**https://www.francoisdumont.com/

Tout Munch de Paris et de Londres dans un coffret

Au nombre des enregistrements de Charles Munch republiés par Warner Classics, les Trois complaintes du soldat de Jolivet, chantées par Pierre Bernac.

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Parution ainsi saluée par Maciej Chizynski dans Resmusica :
Voici enfin le coffret présentant l’ensemble des enregistrements signés par Charles Munch en Europe. Une somme impressionnante et grandiose, offrant aussi bien des œuvres pour orchestre que des concertos et des cantates.

City of light, chronique de Jacques Bonnaure

CITY OF LIGHT/ NEW DISCOVERIES

Le programme est varié et nous propose de « nouvelles découvertes » en musique française. Certes Ukuhamba kukufunda de Robert Fokkens (né en 1975) bien construite et inspirée par le minimalisme répétitif américain n’a curieusement rien à voir avec notre « City of light ». Pour le reste, nous ne sommes pas déçus puisque nous découvrons deux œuvres de Debussy que l’on ne connaissait que par les livres: le Prélude de l’Histoire de Tristan (1907) qui aurait dû précéder un drame lyrique jamais composé, et le ballet No-ja-li ou le Palais du silence (1914), également resté plus qu’inachevé. Dans les deux cas, le musicologue Robert Orledge a procuré une édition jouable de deux œuvres pas inintéressantes.

Les Poèmes intimes d’André Jolivet, eux, sont bien achevés et même doublement puisqu’en existent deux versions, avec piano ou orchestre, mais on ne saurait parler à leur propos de « new discovery ». La version pour piano a été enregistrée deux fois récemment par René Perler et Filippo Farinelli (Brilliant), et par François Le Roux et Olivier Godin (Passavant). De la version avec orchestre nous restent deux enregistrements, l’un par Gérard Souzay et André Girard, dès 1947 (Ina -mémoire Vive), l’autre, réalisé trente ans plus tard par Colette Herzog, dirigée par Alain Lombard (Erato).

Dans les Poèmes intimes, dédiés à son épouse Hilda pour le dixième anniversaire de leur mariage, Jolivet a mis en musique cinq textes lyriques et fervents de Louis Emié, un poète aujourd’hui assez oublié mais en rien négligeable. Composés pendant la Guerre, ils appartiennent à la même veine que les Trois Complaintes du soldat, de peu antérieures, ou la Suite liturgique. Jolivet y renonce provisoirement à la complexité des années d’avant-guerre pour laisser parler une sensibilité pudique dans un langage très accessible, avec un merveilleux sens prosodique et mélodique, qui inscrit ce recueil dans la lignée des Nuits d’été de Berlioz ou de Shéhérazade de Ravel.Cardiff University Symphony Orchestra and Chorus, dir. Mark Eager. Jeremy Huw Williams, baryton.

Jacques Bonnaure

(Prima Facie New Series PFNS005)

CD Cardiff U

Les Poèmes intimes d’André Jolivet

Parution du premier enregistrement des Poèmes intimes d’André Jolivet en Grande Bretagne, effectué par le baryton Jeremy Huw Williams accompagné par le « Cardiff University Symphony Orchestra », placé sous la direction de Mark Eager.

Ce nouveau CD, intitulé « CITY OF LIGHT : NEW DISCOVERIES comprend aussi de Claude Debussy : Prélude à l’Histoire de Tristan et No-ja-la ou le Palais du silence ainsi que Robert Fokkens : Ukuhamba kukufunda – To travel is to learn (texte lu par Stephen Walsh)

CD Cardiff U
Référence PFSNCD 005.